biologie

Le blob, c'est quoi ? Ni animal, ni plante, ni champignon

Le blob (Physarum polycephalum) n'est ni un animal, ni une plante, ni un champignon. C'est un myxomycète : une cellule géante contenant des millions de noyaux, issue d'une lignée vieille de plus d'un milliard d'années. Décryptage.

✍️ BlobFarm · 26 May 2026 · ⏱ 6 min de lecture

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Quand on demande aux gens « le blob, c'est quoi ? », on entend tout et n'importe quoi : un champignon, une moisissure, un animal microscopique, une plante carnivore. La vérité est plus fascinante : aucun de ces termes ne s'applique.

🧬Photo macro : plasmodium déployé en réseauVue détaillée du réseau veineux jaune sur fond noir

Le blob, de son vrai nom Physarum polycephalum, est un myxomycète. Ni animal, ni plante, ni champignon : une branche du vivant qui a divergé des nôtres il y a très, très longtemps — et qui n'a jamais eu besoin de cerveau pour se débrouiller.

Un être vivant qui défie les catégories

Pourquoi ce n'est pas un animal

Un animal est pluricellulaire, avec des tissus et (presque toujours) un système nerveux. Le blob est unicellulaire : une seule cellule géante, bourrée de millions de noyaux. Pas de système nerveux. Pas de cerveau. Pas d'organes.

Dans des conditions exceptionnelles, un plasmodium peut couvrir des surfaces de l'ordre du mètre carré, en conditions de laboratoire. Dans ta boîte de Petri, compte plutôt quelques centimètres — et c'est déjà très bien.

Pourquoi ce n'est pas une plante

Les plantes font de la photosynthèse. Le blob, lui, est hétérotrophe : il se nourrit de matière organique (bactéries, spores fongiques, flocons d'avoine). Il ne capte pas la lumière pour produire son énergie. Il la fuit même quand elle est vive.

Pourquoi ce n'est pas un champignon

C'est l'erreur la plus courante — et elle vient de loin : pendant longtemps, les myxomycètes ont été rangés chez les champignons à cause de leurs sporanges.

La différence de fond tient en un mot : où se fait la digestion. Un champignon déverse ses enzymes dans le milieu et absorbe les nutriments dissous : il digère dehors. Le blob, lui, englobe ses proies (bactéries, levures) et les digère dans sa propre cellule, comme une amibe géante. Il sait aussi absorber des nutriments dissous, donc il n'est pas « strictement prédateur » — mais la phagocytose, aucun champignon ne fait ça.

Ajoute à ça la paroi : chitine rigide chez le champignon, simple membrane plasmique souple chez le blob.

Plonger plus loinArticle comparatif Blob vs Champignon en 7 différences
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Alors c'est quoi, exactement ?

Sa place dans l'arbre du vivant, telle que la classification actuelle (Adl et coll., 2019) la décrit :

🌿 Classification

Eukaryota › Amoebozoa › Evosea › Eumycetozoa › Myxogastria › Physarales › Physaraceae › Physarum polycephalum

Plus proche de toi que d'un chêne

Le blob, les animaux et les champignons partagent le même grand ensemble : Amorphea. Autrement dit, tu es généalogiquement plus proche d'un blob que d'une plante. En revanche, méfie-toi de la formule qui traîne partout : le blob n'est pas « plus proche des animaux que des champignons ». Animaux et champignons sont entre eux plus proches que ni l'un ni l'autre ne l'est du blob.

🌀Schéma : arbre phylogénétique du vivantPosition des Myxogastria dans Amorphea

« Le blob a 500 millions d'années » ? Non.

Tu liras partout que le blob « existait avant les dinosaures » et « a survécu à cinq extinctions de masse ». C'est joli, mais invérifiable, et on préfère te dire ce qu'on sait vraiment :

  • La lignée des Amoebozoa remonte, selon les horloges moléculaires, à plus d'un milliard d'années.
  • L'espèce Physarum polycephalum, elle, n'est pas datable : les myxomycètes, tout mous, ne fossilisent quasiment pas. Le plus vieux fossile assuré du groupe (dans de l'ambre) tourne autour de 100 millions d'années.

Donc : lignée très ancienne, oui. Chiffre précis sur l'espèce, non.

Les 3 formes du blob

  1. Sclérote (dormant) — une petite croûte sèche. Conservé au sec et à l'abri de la lumière, il reste viable au moins un an, souvent bien plus. C'est sous cette forme qu'on l'expédie chez BlobFarm.
  2. Plasmodium (actif) — la forme jaune vif qui rampe, déploie son réseau veineux et mange. Sa vitesse va de quelques millimètres à quelques centimètres par heure, d'autant plus vite qu'il a faim.
  3. Sporulation (reproduction) — quand les conditions se dégradent, il produit des fructifications qui libèrent des spores.
« Une cellule géante. Aucun cerveau. Et pourtant ça résout des labyrinthes. »

720 types sexuels : d'où sort ce chiffre ?

C'est le fait le plus repris sur le blob, et pour une fois il est solide — à condition de savoir d'où il vient. L'accouplement du Physarum est contrôlé par trois locus indépendants, chacun multiallélique :

🧬 Le calcul

matA (16 allèles) × matB (15) × matC (3) = 720 combinaisons
Source : Kawano, S., Kuroiwa, T. & Anderson, R.W. (1987), « A third multiallelic mating-type locus in Physarum polycephalum », Journal of General Microbiology, 133(9), 2539-2546.

Tu verras parfois « 8 × 9 × 10 » : c'est faux, ça ne fait même pas 720. Et non, le blob n'a pas « 720 sexes » au sens où on l'entend chez les animaux — il a 720 types de compatibilité, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Ça reste vertigineux.

Pourquoi il fascine les scientifiques

Le blob est devenu une star des laboratoires pour une raison simple : il fait des choses que la biologie nous disait impossibles sans système nerveux.

🔬 Découvertes clés

1859 : Anton de Bary décrit les myxomycètes et les rapproche des animaux, sous le nom de Mycetozoa (« animaux-champignons ») — Zeitschrift für wissenschaftliche Zoologie, 10, 88-175
1987 : Kawano et coll. établissent le troisième locus de type sexuel → 720 combinaisons
2000 : Nakagaki montre que le blob résout un labyrinthe (Nature)
2010 : Tero et coll. lui font reproduire le réseau ferroviaire de Tokyo (Science)
2017 : Smith-Ferguson et coll. décrivent comment sa mémoire spatiale externalisée, inscrite dans ses traces de mucus, l'aide à naviguer (Journal of Physics D)
2021 : l'expérience « Élève ton blob » du CNES arrive à bord de l'ISS

Et le mot « blob », il vient d'où ?

Du cinéma. The Blob, film américain de 1958, où une masse gluante venue de l'espace dévore une petite ville. Le surnom circulait déjà dans la presse française dans les années 2010 ; le Parc Zoologique de Paris l'a fait exploser auprès du grand public en exposant l'organisme en octobre 2019.

Comment l'observer chez toi

Le blob n'est pas réservé aux labos. BlobFarm cultive et expédie des sclérotes prêts à réveiller, avec la gélose, l'avoine, les outils et la fiche protocole. Tu poses une goutte d'eau sur la croûte dormante, tu la déposes sur l'agar, tu mets la boîte au noir — et 24 à 48 h plus tard, tu regardes une cellule unique ramper vers son repas.

Trois souches au choix, au même prix : Major Tom (LU352, la souche partie sur l'ISS), Badhamia utricularis (un genre voisin, qui grimpe sur les champignons du bois dont elle se nourrit) et un isolat australien de Physarum polycephalum.

Commencer avec un vrai blobKit Blob Classique — souche au choix, même prix
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